Le débat sur le sens ou le non-sens de l’Histoire divise notre famille de pensée.
À défaut de trouver au mouvement historique une direction générale perceptible à plus ou moins court terme, on peut lui attribuer une respiration de grande ampleur.
Dans la tradition hindoue, le cycle dénommé kalpa et se déroulant sur près d’un million d’années est assimilé à un moment de la respiration de Brahma.
Un million d’années : telle est approximativement la durée de l’ère glaciaire. Les quatre glaciations ne pourraient en être qu’une seule à l’échelle de la plus grande Histoire.
Ainsi le mouvement historique pourrait-il se diviser en trois grandes étapes :
• l’ère pré-glaciaire qui serait celle des Hyperboréens et de nos origines,
• les quatre glaciations rassemblées en une seule,
• l’ère post-glaciaire commencée il y a environ 12 000 ans, celle que nous vivons aujourd’hui, dont la part naturelle du réchauffement climatique est l’indicateur le plus éloquent, nonobstant sa part artificielle et nocive due à l’industrialisation.
Durant l’ère pré-glaciaire, la Terre tournait autour du Soleil de manière circulaire, et non elliptique comme aujourd’hui.
Du point de vue géocentrique, le Soleil semblait tournait autour de la Terre dans le plan de l’équateur.
Ceci n’est évidemment qu’une hypothèse, mais si elle est fondée, la Terre était alors dominée par un climat de type équatorial.
Le savant René Quinton évalue à quarante-quatre degrés Celsius la température moyenne terrestre de cette très lointaine époque où, corollairement, les pôles sont les seules régions habitables bénéficiant des chaleurs les moins fortes.
La remarque vaut à la fois pour le Pôle Nord et le Pôle Sud.
S’il est donc légitime de faire remonter à ces temps reculés l’origine de nos présumés ancêtres hyperboréens, il ne faut pas exclure la possibilité de l’existence d’Hypernotiens, « Peuple d’au-delà des vents du Sud », comme l’appelle Hérodote.
D’où viennent les Hyperboréens qui occupent le Pôle Nord pendant l’âge pré-glaciaire ? Sont-ils des extra-terrestres venus d’une autre planète, des créatures de Dieu, des manifestations du Principe Suprême, le résultat de la transformation d’une autre espèce alors forcément disparue ?
Mon intime conviction (avec tout ce qu’elle implique de modestie et d’humilité) me fait pencher vers la dernière des hypothèses énumérées. Elle m’éloigne ipso facto du « scientifiquement correct » que la paléontologie actuelle veut nous imposer : le berceau africain d’une humanité d’origine simiesque.
Il serait toutefois prétentieux de balayer d’un méprisant revers de main les récentes découvertes sur Lucy et Toumaï. Des processus évolutifs conduisant de ces prétendues ancêtres à une certaine humanité peuvent s’insérer dans une « ligne du temps » qui reste à découvrir et où s’imbriqueraient également les migrations hyperboréennes ou, plus vraisemblablement hypernotiennes, de l’ère glaciaire.
En effet, le refroidissement de la Terre, conséquence de « l’obliquité de l’écliptique », autrement dit de l’orbite désormais elliptique de la Terre autour du Soleil, ce refroidissement survenu il y a environ un million d’années a obligé les habitants des pôles à quitter leur foyer originel et à rechercher des régions à la température plus clémente.
Selon René Quinton, les espèces supérieures sont celles qui ont répondu à ce défi de la glaciation en maintenant leur température interne à un degré très élevé. Exemple : l’homme, cependant inférieur à certaines variétés d’oiseaux migrateurs ayant conservé les quarante-quatre degrés qui constituent le sommet de l’échelle évolutive, à l’opposé des vingt-cinq degrés du lézard.
René Quinton précise toutefois que l’homme possède une « origine australe ». Faut-il en déduire que le Pôle Nord n’aurait pas connu le même processus évolutif challenge-response (pour reprendre une expression d’Arnold Toynbee) que le Pôle Sud ? À moins que ce processus soit venu se surajouter à une transformation précédente, liée aux conditions cosmiques exceptionnelles des Pôles, où les cycles du jour et de l’année se confondent.
Évidemment, pour que cette dernière hypothèse « tienne la route », il faudrait s’assurer que durant l’ère pré-glaciaire, la rotation de la Terre sur elle-même s’effectuait comme aujourd’hui, c’est-à-dire en vingt-quatre heures dans ses zones centrales et en une année à ses extrémités polaires.
On voit la richesse du débat qui peut s’ouvrir et qui contraste avec la pauvreté de la dichotomie créationnisme biblique – évolutionnisme darwinien où le « scientifiquement correct » veut enfermer la recherche.
Sur la Terre refroidie par la glaciation, la seule zone habitable est une ceinture équatoriale. Celle-ci est délimitée au Nord et au Sud par les tropiques, dont les latitudes sont vraisemblablement supérieures aux 23-24° actuels. Les Hyperboréens se fixent en Atlantide, à l’extrémité Nord de la ceinture tropicale. C’est pourquoi l’hypothèse de « l’Atlantide atlantique » (archipel des Bermudes ? îles Açores ?) me semble mieux fondée que celle de l’Atlantide méditerranéenne (Sentorin ?) ou celle d’Heligoland, au large du littoral danois de la mer du Nord.
En Atlantide, on peut imaginer une rencontre des Hyperboréens et des Hypernotiens. Platon y fait allusion et un verset de la Genèse hébraïque semble apporter une confirmation (1). Alors, deux visions du monde se confrontent et se mélangent : la nostalgie hyperboréenne des origines et le culte hypernotien des racines.
La tradition astrologique place le Nadir (ou Fond du Ciel) à l’origine de la journée et le solstice d’hiver à l’origine de l’année. Tous deux correspondent au Nord. Le Nadir est le point le plus bas de la course apparente du Soleil dans le cycle de la journée. Le solstice d’hiver est le moment du cycle annuel où il y a le moins de lumière, mais où la lumière ne peut plus que croître et entamer son combat victorieux contre les ténèbres.
Si l’homo sapiens d’origine australe vit en conformité avec ses racines, dans un état de nature où prévaut la dimension terrestre, l’Hyperboréen aspire à un état de surnature en harmonie avec les lois cosmiques. Parmi celles-ci, en tous temps et en tous lieux, le Nord est le point cardinal où le Soleil se trouve le plus bas sur l’horizon et le solstice d’hiver est le moment annuel où viennent se mêler la tristesse de la lumière perdue et l’espérance de sa reconquête au détriment de l’obscurité. L’astrologie serait-elle la « structure absolue » par excellence ? L’Hyperboréen serait-il un homo vere sapiens, le détenteur de la sagesse la plus complète, le fondateur des cités dont les princes sont des savants ?
La chronologie de Platon concernant l’engloutissement de l’Atlantide à la fin de l’ère glaciaire (9 000 av. J.-C.) est vraisemblable. Les Hyperboréens rescapés du cataclysme se mettent à la recherche de leur « patrie arctique », dont ils savent qu’avec le lent réchauffement climatique, elle sera dans un avenir lointain à nouveau habitable.
Au cours de leurs pérégrinations, les Hyperboréens « auraient de cette façon posé les fondements de l’Égypte et des empires méso-américains » (2).
Le même auteur écrit par ailleurs, avec une rare pertinence : « Si le réchauffement planétaire se poursuit et s’accentue, dans quelques centaines d’années, la banquise aura peut-être presque disparue, faisant de l’océan polaire, un domaine maritime de toute première importance. » (3)
La vision prophétique de ce « Saint-Empire européen arctique » peut évidemment être discutée, mais elle constitue une des plus heureuses formulations du retour à l’âge d’or, dans la perspective à long terme dictée par la lente respiration de l’Histoire.
Notes
1 : Genèse, chapitre VI, verset 2 : « Les fils d’Elohim [Hyperboréens] virent que les filles des hommes [Hypernotiens] étaient belles, et ils en prirent pour épouses parmi toutes celles qu’ils choisirent. »
2 : Rodolphe Badinand, « Notes dissidentes sur la notion de Tradition primordiale », en ligne sur le site : www.europemaxima.com/article.php3 ?id_article=176
3 : Rodolphe Badinand, « Défense du Saint-Empire », L’Âtre, octobre 2000.
Article déjà paru sur le site : http://europemaxima.com