Connue pour sa résidence de la monarchie belge, la commune de Laeken compose avec celle de Jette le nord-ouest de la banlieue bruxelloise. Le comté de jette couvrait autrefois ce secteur demeuré rural jusque vers 1850 et imprégné de ferveur chrétienne. L’église Notre-Dame de Laeken abrite la crypte royale. De nombreuses hautes personnalités de la vie bruxelloise se sont fait inhumer dans le cimetière laekenois pour jouir post mortem de l’honorifique voisinage des souverains.
Tout cela est raconté avec talent, dans un superbe opuscule richement illustré, par un spécialiste de l’histoire locale (1). Ses recherches ont été couronnées d’un doctorat obtenu à l’Université de Louvain-la-Neuve (1998).
L’origine du château de Laeken remonte à l’époque des Pays-Bas autrichiens. Entre 1782 et 1784, les représentants de l’empereur habsbourgeois Joseph II l’érigent en résidence principale sur les terres de la future Belgique.

Pierre Van Nieuwenhuysen a cette phrase capitale : « Le souverain visionnaire souhaitait faire de Laeken un centre de l’expansion dont il rêvait pour la Belgique. » (3) Ce propos rejoint mon hypothèse selon laquelle, probablement inspiré par une « société à secrets » (4), le célèbre roi-bâtisseur voulait faire de Bruxelles une ville-lumière (5) reflétant un « modèle cosmique » (6). J’ai développé cette hypothèse dans l’entretien que le présent site m’a aimablement accordé (7). Je n’y reviens donc pas en détail. J’insiste néanmoins sur les quelques points suivants.
Le « modèle cosmique » en question est l’horoscope au sens étymologique, c’est-à-dire la figure liée au cycle journalier. Dans cette figure à signification universelle, le Nord est assimilé au point d’origine (8), ce qui pourrait faire de la tradition astrologique l’héritière directe de la Tradition Primordiale hyperboréenne.
Le château royal se situe au Nord de Bruxelles (primordialité de la royauté). Sa superficie s’étend au moment même où Léopold II fait construire le Palais de Justice (Sud), les Arcades du Cinquantenaire (Arc de Triomphe, Orient) et le panthéon (séjour des morts, Ouest). Ce dernier reste malheureusement à l’état de projet et est supplanté par la Basilique nationale du Sacré-Cœur. Tout cela se situe aux alentours de 1880, année où la Belgique fête ses cinquante ans. À la même époque, Léopold II fait percer le boulevard du Jubilé.
Quelques-uns des successeurs de Léopold II ont hérité de ses qualités de visionnaire. Albert Ier conduisait sa géopolitique selon les conseils du professeur Lagrange, un astronome qui déduisait de ses observations cosmiques l’influence d’un cycle d’hégémonie britannique. Après son abdication de 1950, Léopold III fit une superbe carrière d’explorateur et de cinéaste (Les Seigneurs de la Forêt). Son frère le prince Charles, régent de 1944 à 1950, peignit sous le pseudonyme artistique de Karel van Vlaanderen. Léopold II n’en continue pas moins de dresser sa haute stature de souverain-bâtisseur au faîte de la généalogie des Saxe-Cobourg-Gotha.
Notes
3 : Id.
4 : Expression de Jacques Lemaire. Je la juge, comme lui, préférable à celle de « société secrète » pour désigner la Franc-Maçonnerie et des organisations du même type.
5 : Voir la prophétie d’Antoine Wiertz sur la supériorité future de Bruxelles par rapport à Paris (cf. « Léopold Ier de Saxe-Cobourg-Gotha. Aux origines de la dynastie belge », mis en ligne sur le présent site, le 14 août 2005).
6 : Voir René Guénon, Symboles de la Science sacrée, Paris, Gallimard, 1970.
7 : « Jalons pour une biographie intellectuelle », entretien mis en ligne sur le présent site le 4 décembre 2005.
8 : Le Nord est parfois désigné dans l’horoscope comme le lieu des racines. Il est alors envisagé dans sa relation axiale avec le Sud, qui symbolise la croissance. La « nostalgie des origines » (Mircea Eliade) n’implique pas forcément la double volonté d’enracinement et de croissance.
Article déjà paru sur le site : http://europemaxima.com